Le Centre de Conservation des Éléphants du Laos

Le centre de conservation des éléphants du Laos, ce n’est pas le cimetière des éléphants au formol, non, c’est la traduction littérale de ECC : Elephant Conservation Center.

Cet aimable pachyderme a beau être le symbole sacré du Laos, on est loin du « pays au million d’éléphants » comme il est usuellement nommé.  On ne compte plus aujourd’hui que 1 500 éléphants dont 500 domestiques. Si la tendance se confirme, avec seulement 46 femelles domestiques âgées de moins de 20 ans, 3 naissances pour 10 décès, l’avenir des éléphants du Laos est sérieusement compromis.
Autres éléments intéressants : les éléphants domestiques laotiens sont principalement utilisés dans les exploitations forestières. Ils débardent et contribuent donc directement à la destruction de leur habitat naturel ! Sans parler de l’intensification du travail (halte aux cadences infernales !), aux maladies non soignées, à la volonté affichée des cornacs d’éviter toute gestation (21 mois de gestation, plus 3 ans d’allaitement, autant dire 5 ans de manque à gagner), et vous aurez une idée du tableau.
Ah si, vous ajoutez également les éléphants sauvages qui vont se servir dans les zones cultivées, faute d’avoir assez d’espace naturel pour se nourrir (c’est que ça mange 200 kilos par jour ces bêtes là). Alors, évidemment, le nombre de conflits entre hommes et éléphants augmente de façon alarmante, et ce n’est pas forcément l’homme qui gagne à ce petit jeu-là.

C’est là qu’entre en scène ElephantAsia, une ONG montée par deux Français. Ce qu’ils font :
– Des soins vétérinaires gratuits : en intervention express ou en « tournée » dans les villages
– De la favorisation de la reproduction : elephant speed meeting (enfin pas très speed, c’est qu’ils ne font pas connaissance du jour au lendemain), prise en charge économique (je te garde ton éléphante et son petit, en attendant tu as un tracteur)
– De la formation des cornacs : et si on arrêtait de brutaliser ces petites bêtes et apprenait à mieux les soigner ?
– De la sensibilisation du public : tout est bon pour communiquer, les publications pour petits et grands, les tournées dans les villages, les manifestations évènementielles (festival de l’éléphant, caravane à travers le pays…)
– Du tourisme équitable : c’est que dans notre petite tête d’Occidental, il est peu facile d’admettre que le tourisme (tourisme intelligent, on s’entend) est une bonne voie pour permettre d’éviter l’extinction de l’espèce. Le travail est moins violent qu’en forêt, et les animaux sont souvent mieux traités. J’ai mis un peu de temps à comprendre. C’est ainsi qu’ElephantAsia a son propre centre d’éléphant : l’ECC. À Sayabouri.

Et c’est là où j’arrive. Tout d’abord pour découvrir les activités d’ElephantAsia en tant que touriste, puis pour filer un coup de main et profiter plus longtemps de la sérénité qui émane ici.

A l'ECCCe qui m’accroche avant tout, c’est le lieu. Perdu sur une petite avancée au milieu d’un lac. On l’atteint en bateau, s’il arrive à se frayer au milieu des algues. Je cherchais un endroit paisible, je l’ai trouvé.

J’aime la lumière, à toute heure de la journée. Il y fait chaud, mais c’est comme partout dans le pays à cette saison-là. Sauf que les nuits sont presque fraîches, ce qui permet de se reposer (enfin !). Et quand il fait trop chaud dans la journée, on pique une petite tête dans le lac avec les filles (avec le lao-style pour nager, c’est à dire en T-Shirt).

peaceful placeLe lac, encore et encore

Être à l’ECC au quotidien, avant même d’avoir à faire avec les gros animaux à (petites) oreilles, c’est apprendre à gérer les petites bêtes, dans la forêt mais aussi dans sa cabane en feuille de palme. Cela va de protéger son lit des moustiques dignes des raids aériens de la Seconde guerre mondiale et des araignées de couleurs trop vives pour être honnêtes, à éviter d’écraser les geckos, en passant par secouer ses vêtements avant de les mettre. J’ai oublié de le faire une fois, pas deux. Quant aux bébêtes qui se glissent dans mon ordinateur, dommage, elles crament.

Passer quatre jours à l’ECC, c’est rencontrer l’équipe qui y travaille. Je ne veux pas oublier ceux avec qui j’ai passé du temps :
Sébastien, le boss, un des fondateurs d’ElephantAsia, qui jongle entre Vientiane et Sayabouri (il suffit d’avoir fait le trajet une fois pour être admirative des aller-retours),
Mister Sak et son équipe de guides, dont Mister Lah dans la lune,
Karen la Suédoise et Emma la Française, les deux vétérinaires qui m’impressionnent tant elles n’ont pas froid aux yeux de soigner des animaux de cette taille,
Les cornacs (qu’on appelle Mahouts ici) dont Long Tong, il n’a qu’un œil mais perspicace !, et Khum qui profite de ses quelques mots d’anglais pour tenter un peu de tout, car c’est bien connu qui ne tente rien n’a rien,
Suki le chef de village (au Laos, il y a un chef de village dans chaque quartier, chaque communauté… Le maire local en quelques sortes) qui veille aux bonnes relations entre l’ECC et le reste de l’environnement,
Anabel la belle biologiste espagnole,
Jozef le Belge polyglotte, à la vente et aux renseignements en tous genres,
Et bien sûr la pétillante Mélanie au marketing, avec qui j’ai grand plaisir de travailler (parcours proposés aux visiteurs de plusieurs jours et communication, on ne se change pas, je sais…).

une partie de l'equipe

 

Les journées sont douces et suivent le rythme des éléphants.
Le moment que je préfère ?
Le matin (si, si, encore un matin). Quand il fait frais et que la brume se lève. Il faut aller chercher les éléphants dans la forêt pour leur donner un de leurs nombreux bains quotidiens. Ah oui, car en plus d’avoir besoin d’enlever la poussière qu’ils vont se mettre moins de dix minutes plus tard, ils boivent 140 litres d’eau par jour, je me demande s’ils ne sont pas croisés avec des chameaux.

Encore un matin

Un éléphant ça baigne énormement

 

Le premier matin, je n’ai pas fait la maline quand les cornacs m’ont demandé de rester en arrière dans la forêt quand ils se sont aperçus que leurs éléphants s’étaient fait la malle. Après un petit bout de temps à écouter les bruits de la forêt, je me suis retrouvée nez à trompe avec Médok, la pachyderme de 61 ans, qui n’avait pas très envie de me voir sur son chemin. Nous n’avons pas fait un bras-de-fer pour savoir qui allait se bouger la première, j’ai fait place en me perchant fissa sur un monticule …

Rencontre du 3ème type

La fois suivante, j’accompagne Long Tong et Khum pour aller chercher… trois éléphants, il manque un cornac. Je vais donc faire mon premier stage à dos d’éléphant. Autant le dire tout de suite, c’est impressionnant. Perchée à plus de 3 mètres de haut, entre les deux oreilles qui battent sur mes jambes, les mains appuyées sur la tête pleine de poils si durs qu’on dirait des fils de fer, je n’en mène pas large. J’ai même un peu peur. Hauteur. Sensation de pouvoir être balayée d’un coup de tête.
Puis la confiance fait peut à peu place, de toutes manières il n’y a pas d’autres choix. Avancer. Respirer. Écouter. Se prendre en plein nez la chaleur et les odeurs animales. Sentir les mouvements des épaules à chaque pas. Poids et souplesse. Un moment magique.

Stage cornac

 

Mon séjour ici se finit en apothéose. C’est Pi May, et c’est l’heure du Bassi (cf. Bassi de Luang Prabang pour comprendre de quoi il ressort). Le moment est d’autant plus important que l’équipe est encore sous le choc de la mort d’un éléphanteau de 10 mois il y a deux semaines, le lait artificiel et tous les soins prodigués n’ayant pas suffi à une croissance des os optimale. Il y a donc besoin d’un nouveau départ.
Les invités arrivent petit à petit, on ne sait pas très bien à quelle heure le bassi va débuter, (heure laotienne, on s’entend),  les femmes préparent pendant que les hommes boivent de la Beerlao.
La cérémonie est officiée par un chamane. Au programme : bénédiction des fondations de la maison, prières chantées pour faire revenir les bons esprits, échanges des bracelets, et déjeuner sur fond de musique à fond les ballons.
Toute l’équipe est là, les éléphants aussi bien sûr. Un grand moment d’émotion dans l’équipe. Pour moi aussi. J’ai l’impression que c’est un peu Noël, chacun s’offrant de belles choses, des vœux au travers d’un bracelet, beaucoup de bienveillance et d’amour dans les regards.

Bassi, la préparation

Bassi, la cérémonie
C’est sur cette dernière note que je quitte l’ECC, des images plein la tête et des bracelets plein les poignets pour ne pas oublier.

 

 

 

 

www.elefantasia.org
www.elephantconservationcenter.com