Mister Sak, « aller dans le nord du pays »

Mister Sak

Au Laos, on donne toujours du Mister devant un prénom. Ce sera donc Mister Sak.
Mister Sak est en charge de superviser l’accueil et le parcours des visiteurs du Centre de Conservation des Eléphants du Laos, où je vais passer quatre jours avec l’équipe.

Il est marrant ce Mister Sak, avec ses yeux pétillants grands ouverts (enfin, bon, faut relativiser, il a les yeux bridés, hein) et son grand sourire. C’est qu’il est surtout passionné. Intarissable. Inlassable. Voulant toujours bien faire, avec parfois un sens très lao de l’organisation, mais il arrive à faire la courroie de transmission avec l’équipe de direction, française elle.

À 26 ans, il est marié et a un petit garçon du nom de Happy, pardon Mister Happy.
Il vient du sud, du village de Laoya Village, dans le disctrict de Laognam District. « Mais siii, Hélène, tu sais dans la province de Salavan ». Euh… Bon, je suis bonne pour réviser ma géographie du Laos.

La question du plus loin où il est allé lui donne un immense sourire. Il a une belle histoire qu’il a envie de partager, ne sait par quel bout la prendre et finalement remonte à sa 13ème année quand il a annoncé à sa mère qu’il voulait voyager loin. Le deal avec sa mère est le suivant : il doit travailler à l’école de manière à être dans les 3 premiers de sa classe, et elle l’aidera financièrement pour qu’il puisse partir.
Ce qu’il fait. Sa mère rassemble l’argent pour qu’il quitte le sud du Laos et parte à Vientiane où il étudiera l’Histoire et la culture du Laos.
Pour pouvoir vivre en parallèle, il décide d’ouvrir un Noodle Shop. L’aventure durera 6 mois et, à défaut de le nourrir, lui mangera ses économies.
Il n’a plus d’argent, ne veut pas le dire à sa mère (« Never tell to your Mum when you are in a bad situation, it will worry her. You will succeed anyway »), et se met à chercher des petits boulots. « I asked Buddha for Good Luck, and when I went out of the temple I saw an add for a receptionist in a guesthouse.» Il y restera toute l’année 2010, gagnant 5 euros par jour, avec des horaires de travail qui l’obligent à arrêter ses études. Il y apprendra un métier et y découvrira le secteur touristique.
Un an plus tard, il rencontre un Sino-Malais qui le forme pour être guide et l’aide dans les démarches pour avoir sa licence. Il semble que cela soit compliqué d’avoir la carte de guide officiel quand on est à son compte, il travaillera alors à la vente pour une agence touristique. Et c’est l’an passé qu’il arrive au Centre de Conservation des Eléphants du Laos, comme guide puis maintenant comme « Hospitality team manager ». Il y est heureux, et cela se voit.

Et alors, dans ton histoire, c’est où le plus loin où tu es allé ?
C’est quand il est parti rendre visite à un ami en 2010 au nord du Laos dans la province de Xiengkhuang Province. À l’entendre, cela semble un voyage complètement fou, être allé si loin au nord, lui qui vient du sud.

Mais il ajoute tout de suite qu’il a un rêve, un rêve immense. Celui d’être propriétaire de son propre établissement. Il a déjà acheté le terrain près de la frontière thaïlandaise  à quelques dizaines de kilomètres du Mékong où la plupart des bateaux de touristes passent pour rejoindre en 2 jours Luang Prabang. Son projet ? Construire sept bungalows, chacun dédié à une ethnie laotienne (architecture, costumes, décoration…). Il veut accueillir et faire partager la culture et l’histoire de son pays.
Mais son rêve a un coût, 50 000 USD. C’est énorme. Il cherche des investisseurs, et le moins qu’on puisse dire c’est que lorsqu’il en parle, c’est plein de passion et d’espoir. Il répète toutes les deux phrase « this is my dream, my own dream ».
Au fond de ses yeux, on peut déjà voir sept bungalows dans la forêt lao…