Transatlantique, seconde partie. Carnet de bord.

Ceci n’est pas une chronique. C’est la suite de mon carnet de bord. J’ai hésité avant de partager ces notes prises au fil des jours et au rythme des vagues. Par pudeur, peut-être. Par risque d’étalage. Mais est-ce le moment de se poser de la question de la perception par d’autres, quand il s’agit simplement d’un cadeau ? Un cadeau dont on fait ce que l’on veut. En toute simplicité donc.
Joyeux Noël  !

 

Mercredi 11 décembre

Départ. Pour de vrai de vrai. Curieusement, ce n’est pas un moment d’excitation,  mais plus un moment de soulagement après cette attente pleine d’incertitude, un moment de doute et d’appréhension.

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Départ en fin de matinée après le plein d’eau, de gasoil, et de frigo avec les derniers légumes dénichés sur le marché. Nous sommes concentrés sur l’horizon qui nous appelle, nous ne pensons même pas à la photo à quai avant le départ, rien ne va plus !

Nous fêtons le départ avec un déjeuner digne de ce nom. (Merci les recettes envoyées par mes cordons bleus de l’équipe de soutien à terre !)


 

Le vent nous rappelle très vite qui est le patron. Après quelques heures de navigation dans de très bonnes conditions, le vent tombe. Je blêmis, oh non, ça ne va pas recommencer ! Fausse alerte, c’était une dévente liée à l’archipel du Cap Vert, dont les dernières îles se confondent bien plus vite que je ne l’aurais cru avec la ligne d’horizon. Les amarres larguées depuis quelques heures, la tension de la semaine au Cap Vert (partira ? partira pas ?) est restée à terre, et je pars en discuter avec Morphée pendant 3 heures. Je ne vois pas la journée passer, évidemment.

Une bosse de ris* se fait la malle. Prix : 2h de bricolage sur la bôme et la grand voile pour l’équipe. Pour fêter le succès de l’opération, un beau thon se prend à notre ligne de traine. Va falloir faire de la place dans le mini congélateur…

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Le vent est là. La houle aussi. Je l’avais oubliée celle-là. Le soir tombe, mon estomac remonte. Les phénomènes étant inversement proportionnels, quand je prends mon quart, la nuit est véritablement noire, et je suis franchement malade. Première fois. Bon, ça c’est fait,  je vais pouvoir l’inscrire à mon palmarès. J’en suis au stade « je vais mourir », il parait que le suivant est « je veux mourir », j’ai donc encore de la marge. Joël reste gentiment auprès de moi pendant cet épisode non glorieux, je fais donc durer ensuite mon quart plus longtemps que prévu pour lui permettre de dormir un peu. C’est l’effet Double Peine d’être malade la nuit.

 

Jeudi 12 décembre Reste à parcourir jusqu’à St Pierre & St Paul : 842 miles. (J’ai décidé de noter tous les matins la distance qui nous sépare de St Pierre & St Paul, un tas de cailloux au milieu de l’océan, point d’inflexion de notre route)

Journée groggy. Si je ne suis pas malade, je ne peux pas dire que je sois fraîche comme la rosée du matin. La houle est déchainée, c’est la fête sur le grand huit de l’océan. Tout le monde valse gaiement dans le carré. Moi, moins, je bouge le moins possible, sait-on jamais.
Malgré nos pas de danse non intentionnels, nous arrivons à cuisiner plat en sauce et gratin de chou-fleur, mais oui, parfaitement.

On file vite, le vent souffle à 20 nœuds avec des rafales à 25.  Prise d’un puis deux ris *. Nous sommes aujourd’hui sur une moyenne de 6,5 nœuds, soit 1 de plus que la moyenne objectif. Cela me met en joie de savoir que nous allons plus vite que ce qui est prévu. Un miracle de Noël ? Evidemment c’est beaucoup trop loin pour y penser, mais j’y pense quand même.

Je me (re)pose une grande partie de la journée dans ma cabine, c’est important de profiter de son home sweet home, non ?  Je réponds aux abonnés absents, je me rattraperai les jours suivants.
En guise de cadeau de début de mon quart, Joël et moi affalons la grand voile, pour que la nuit soit plus facile. En effet, le vent est fort et changeant (nous sommes vent arrière, allure détestée du catamaran). Double peine de la manœuvre en pleine nuit qui dure 45 min, mon quart est rallongé d’autant.

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Cette nuit, il n’y a rien à signaler, finalement le vent mollit, nous nous trainons. Aucun bateau visible sur le radar ou l’AIS depuis que nous avons quittés Mindelo.

Seules visites : deux poissons volants qui viennent s’échouer sur le pont, les premiers d’une longue série à venir. Ils sont stupides, aveugles, fatigués, ou saouls. J’hésite encore.

Vendredi 13 décembre
Reste à parcourir jusqu’à St Pierre & St Paul : 698 miles  (soit 144 miles dans les dernières 24h, ce qui est au-dessus de notre objectif de 120 miles, yes !).

Matinée à récupérer. J’aime décidemment  beaucoup ma cabine je crois.
Après-midi seule sur le pont pendant que les autres récupèrent à leur tour. Ecouter Pink Floyd. Régler les voiles. Frôler les 8 nœuds. Guetter la vie aquatique. Etre seule au monde et sourire.

 

Quart de nuit sans histoire. Toujours pas un bateau aux alentours. Le bateau reste sur une moyenne de 6,5 – 7 nœuds.

Autant la journée, le bateau me semble nous emmener au Brésil, c’est bien lui qui nous transporte.
Autant la nuit, j’ai la sensation curieuse que c’est nous qui lui prenons la main pour l’amener au Brésil.
Allez courage, on sera bientôt de l’autre côté, viens mon petit…

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Samedi 14 décembre
Reste à parcourir jusqu’aux deux Saints : 547 miles (soit 150 miles sur les dernières 24h, mmmmh)

La houle devient de plus en plus forte, nous faisons le bouchon valseur. Comme elle est  longue (vagues peu rapprochées, ce qui confère une certaine souplesse dans les mouvements), nous arrivons à peu près à gérer notre équilibre à bord. Certains plus que d’autres. Je ne sais si je commence à m’amariner ou si le patch anti-barbouillage fait son effet, toujours est-il que je suis nettement plus présente aux choses qui m’entourent. Pas encore une grande énergie, mais présente.

Le bateau galope, il caracole en tête d’une course dont il serait l’unique participant. La houle le porte, le pousse, le chahute. Nous nous offrons des superbes surfs, je  guette toutes les petites pointes à 8-9 nœuds. Je continue à rêver que nous mettrons moins de temps qu’initialement prévu, qui sait…

Chacun commence à rentrer dans son propre rythme, dans sa petite bulle. La mienne est faite de lectures. Aujourd’hui, j’ai voyagé avec Candide de Voltaire et Novecento Pianiste de Barrico. En relisant Voltaire, je m’étonne que ce texte fût au programme de collège, on ne compte plus le nombre de viols, meurtres et autres vols de haute volée. Je ne me rappelle plus quelle avait été notre réaction à l’époque, mais je me souvenais bien en revanche de la conclusion « il faut cultiver notre jardin ». Je pense à mon jardin à moi, fait d’amis fidèles, de gens passionnés et passionnants, de la beauté de lieux pour qui sait s’y poser, de sourires, mais aussi de courses contre la montre pour tout faire rentrer dans une journée, une vie…. C’est mon jardin tel qu’il est aujourd’hui, je ne sais lequel il sera demain.

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Quart de nuit à nouveau tranquille, il vaut mieux car veiller de 1h à 4h30 du matin n’est pas ma nouvelle passion. Vent à 25 nœuds, rafales à 30. La voile réduite avec deux ris nous fait pulser continuellement à plus de 7 nœuds. Tout le monde dort, sauf le bateau, la lune et moi.

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Dimanche 15 décembre
Reste à parcourir jusqu’à St Pierre & Miquelon : 403 miles. Soit 144 mils avalés. Quand je disais que nous caracolions en tête !

Le vent se maintient. La houle aussi. Rafales entre 25 et 30 nœuds. Ca souffle fort, nous en profitons pour bien avancer avant le pot au noir* que nous devrions atteindre dans les 2 prochains jours.

La vie à bord devient de plus en plus silencieuse. Lectures, musiques, petites réparations, cuisine, et surtout repos pour se remettre des nuits amputées.
Les bonnes résolutions de faire un peu de gym tous les jours n’auront pas tenues longtemps face à la houle. Je me plais à croire que les muscles doivent travailler pour arriver à rester debout. Tiens faudrait que j’en parle à mes amis kinés, 1 heure de houle par jour et toutes les chevilles foulées devraient être rétablies.
Ou alors il faudrait proposer au Théâtre de la Ville cette nouvelle forme de danse déstructurée à base de polka revisitée version hip hop mâtinée d’écrabouillage contre les murs, peut-être cela intéressera un danseur en mal de nouvelles sensations…

En attendant, la température commence à monter à l’approche de l’équateur. Pas loin de 30 degrés. Les cabines ne vont pas tarder à ressembler à un hammam. Et dire que ce n’est que le début…

Aujourd’hui c’est dimanche, et dimanche c’est pièce de bœuf et ratatouille maison. On ne change pas ses petites habitudes, surtout quand elles sont bonnes.
Si je mentionne souvent les repas dans ces notes, c’est qu’ils constituent un moment important pour moi. Se faire plaisir avec des saveurs qui donnent des paillettes au fond des yeux, s’assurer d’un équilibre alimentaire pour ne pas faiblir, faire fi de la houle pour assurer… Mais oui ça compte !
D’ailleurs, je me demande si je n’ai pas vu trop juste sur les légumes dont le stock s’est amenuisé en un temps record. Nous aurons fini de manger notre pain blanc d’ici peu, façon de parler, car pour ce qui est du pain, il y a concours entre les deux boulangers de l’océan, à savoir Joël et Gérard.

 

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Quart de nuit. Evidemment, il fallait que cela tombe sur moi : l’approche du pot au noir, cette zone de non droit, la fameuse ZCIT* qui se balade entre les deux hémisphères, à plus ou moins 10 degrés. Une zone sans vent, puis tout à coup avec des rafales à plus de 40 nœuds, de la houle désordonnée… Pour l’instant, je suis seule et les éclairs sont en train de zébrer le ciel. Le vent est toujours soutenu mais tourne un peu ce qui nous fait gentiment dériver vers l’Est. Enfin, gentiment, c’est vite dit, les mouvements sont violents, les vagues claquent comme des roulements de tambour sous la nacelle. J’essaye de ne pas penser au pire, mais là tout de suite, ce n’est pas facile…

 

Lundi 16 décembre
Reste à parcourir jusqu’aux Pieds Nickelés : 246 miles. Soit 157 miles, ça sent bon…

Réveil tardif, pour découvrir, que oui, ça y est, nous rentrons dans le pot au noir. Il pleut des cordes, la force du vent commence à diminuer pour bientôt se tarir complètement. Tout valse gaiement dans le carré, derniers sursauts, en guise de chant du cygne. Le cœur de la bête n’est pas loin…

Grâce au téléphone satellite, Joël a reçu des informations sur la forme actuelle du pot au noir : pas de trouée par laquelle se faufiler, ni de zone difficile à éviter particulièrement. Conclusion, on fonce dans le tas.

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Nous nous préparons aux éclairs de fin de journée en mettant en place une ligne de terre (ou plutôt de mer) au cas où la foudre viendrait nous taquiner. Il s’agit d’accrocher une chaîne depuis le mat jusque dans l’eau. Veste de quart ou maillot de bain, chacun s’équipe à sa manière, tant qu’il y a brassière et longe. Nous sommes tous sur le pont, ça nous fait une douche d’eau douce pour le même prix, autant en profiter !

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Nous n’en sommes même pas à la moitié du parcours, et je me surprends à souhaiter d’être bientôt arrivés. Bon allez, c’était bien sympa cette navigation, mais maintenant faudrait que ça cesse. Evidemment, on ne peut pas descendre en route comme ça, ou alors ça peut surprendre. Au mieux je peux juste arrêter de compter les jours qui nous séparent de l’arrivée.

Quart de nuit avec enfin un peu de vent. Dommage, la Grand Voile est ferlée par précaution  (pour éviter les soucis en cas de grosses rafales pendant la nuit). Si seulement je pouvais la hisser pour profiter de ces 10-15 nœuds de vent ! Mais pas de manœuvre de nuit sans Joël, question de sécurité. J’enrage, je piaffe, je refuse de me croire vaincue. Je croyais tellement aux miracles de Noël au vu des premiers jours de traversée… Le corollaire d’être tenace est d’aller vers de jolies déceptions quand les efforts s’avèrent  vains, j’ai beau le savoir, je ne lâche pas, pas encore.  

 

Mardi 17 décembre Reste à parcourir jusqu’aux cailloux paumés (un peu comme moi ce matin) : 141 miles. Une toute petite centaine de miles depuis hier…

Le moral est à l’unisson avec le temps : gris, pluvieux, lourd, lent.

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Calme plat, moiteur de l’air, silence de l’équipage, et petite déprime assortie. Bon, ça c’est dit. Je le note, faudrait pas que j’oublie plus tard qu’une traversée de 15 jours ce n’est pas si facile, en tous cas pour moi. Il y a surement des marins, des vrais, qui trouveraient cela bien trop court, mais je ne joue pas dans cette cour là.
J’ai découvert la voile avec la régate : le bonheur d’être en équipe, la vitesse grisante, les manœuvres exécutées comme un ballet, la course qui anime les cœurs, les debriefings à n’en plus finir le soir au port… Si je sais bien évidemment qu’une transat n’a rien à voir, j’y retrouve néanmoins des sensations : larguer les amarres, écouter l’eau, sentir les mouvements doux, laisser son esprit vagabonder… Avec 4 nœuds de vitesse (si on peut encore appeler cela de la vitesse), c’est sûr, l’esprit peut vagabonder !

 

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Un petit sursaut d’énergie nous permet d’étudier les cartes, à l’ancienne. Le GPS et l’ordinateur de bord sont fort utiles certes, mais qu’il est bon de retrouver la beauté des cartes qui font rêver !

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Et c’est en début de soirée, sous un ciel noir, que se produit un phénomène inattendu. Une grosse rafale au milieu du clame plat sous la pluie, le vent qui tourne, surement les effets d’un cumulonimbus version grand large. Mais la rafale semble durer. Nous sortons de suite les voiles, en version réduite, un surcroit de force du vent pourrait nous emmener au tapis. Mais… Mais… Ce n’est pas une rafale. C’est la fin du pot au noir qui s’annonce tel un bouquet final déchaîné ! Ca bastonne, dans le ciel, sur la mer. Nous sommes tous sur le qui-vive, avec des points d’interrogation planqués au fond des poches mais visibles au fond des yeux. La nuit s’annonce sportive.
D’ailleurs, nous serons plusieurs à nous essayer à la lévitation, quand, à chaque secousse violente, les jambes, voire le buste, décollent de la couchette. Je tiens à dire que ceux qui pensent qu’une transat est zen se trompent lourdement.

Je prends mon quart de nuit, le dernier, celui qui voit l’aube se lever. Rien n’a changé, vent et houle déchainés. C’est quand le jour pointe son nez que je découvre le ciel qui s’éclaircit : mais oui, c’est bien la fin de la ZCIT*, le pot au noir est derrière nous ! La bête a recraché notre petit navire de l’autre côté ! Hémisphère Sud, nous voilà ! 

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Mercredi 18 décembre
Reste à parcourir jusqu’aux Petits Poucets : 19 petits miles de rien du tout.

Aujourd’hui est un grand jour : la fin du pot au noir, le passage des rochers Saint Pierre et Saint Paul, et l’approche de LA ligne. Le soleil est revenu. Un fou de Bassant nous escorte quelque temps, signe que la terre est proche. Le bateau file à 7 nœuds au près. Le sourire est retrouvé.

 

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Et nous guettons les fameux rochers qui sont à 1 degré à peine de l’équateur.

Au loin, le phare est en vue ! Nous sommes sur la bonne route, c’est confirmé ! Le Brésil se rapproche. A belle vitesse qui plus est.


Le compteur reprend, nous suivrons maintenant le reste à parcourir jusqu’à Jacaré, près de Joao Pessoa, au Nord de Recife : 574 miles à 14h.

Il est des rituels auquel on ne déroge pas. Comme le passage de l’équateur pour tout néophyte. Nul ne saura quels défis Neptune, dans sa version facétieux fan de comédies musicales, nous a demandés de relever cette fois-ci. Ce qui se passe sur la ligne reste sur la ligne. Seules quelques photos ont semble-t-il échappées  à la censure…

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Et à l’instar de célèbres aventures gauloises, nous nous offrons le luxe d’un repas de fête. Champagne, spécialités ardéchoises… et cassoulet, si si ! A 4 heures de l’après-midi, sous 30 degrés, faut tester ça au moins une fois dans sa vie.

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C’est quand le calme revient sur le bateau, quand nous nous organisons en prévision des quarts de nuit qui arrivent, que je me demande pourquoi seulement deux petits jours de pot au noir auront eu raison de notre moral, de mon moral soyons honnêtes. La peur de rester bloqués indéfiniment dans ce No Man’s Land ? Le temps peu clément ? L’incertitude difficile à gérer ? L’amplification de petits phénomènes due au huis clos ? Ces deux journées m’ont semblé une éternité. J’ai manqué de confiance dans la météo, Toumim, les choix stratégiques, ma capacité à accepter. « Homme de peu de foi »…
Je me souhaite de ne pas oublier cette leçon d’humilité.

Dans la nuit, nous passons officiellement la ligne, preuve à l’appui :

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Jeudi 19 décembre
Reste à parcourir jusqu’à Jacaré : 420 miles. Autant dire que la moyenne dépasse toutes les espérances !

Je n’en reviens pas. Nous filons à une belle vitesse, entre 7 et 8 nœuds ! Inespéré ! Si nous continuons sur cette lancée, nous atteindrons les côtes brésiliennes d’ici 3 jours ! Peut-être même 2 jours, qui sait ? Je n’en reviens vraiment pas…

Les voiles sont réglées bien plus souvent que d’habitude, hors de question de perdre de ce précieux vent ! Mes coéquipiers pour qui le grément est réglé de manière plutôt stable n’en pouvaient déjà plus de me voir wincher, choquer, reprendre…  Là, ils sont quasi effondrés. En tous cas, ils se marrent bien en me voyant sur le pont.

 

Vendredi 20 décembre
Reste à parcourir jusqu’à Jacaré : 240 miles. Une moyenne de 7,5 nœuds, fantastique !

Réveil avec un sourire jusqu’aux oreilles, nous avançons si vite !

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Pour ce prix là, nous nous offrons un micro détour par l’archipel de Fernando do Noronha, paradis au large des côtes brésiliennes réputé pour ses eaux cristallines et sa faune aquatique fabuleuse (dauphins, tortues, requins, pour ne citer qu’eux).

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L’archipel étant archi préservé, notamment grâce à une taxe prohibitive si nous nous y arrêtons, nous décidons d’uniquement longer les côtes de l’île principale.

Le paysage semble effectivement magnifique, un petit bain de mer pour moi, aucun poisson à l’horizon, qu’importe, l’effet est vivifiant.
La terre est si proche maintenant !

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A défaut de nous acquitter d’une taxe locale, nous payons notre escapade par un détour de 20 miles et surtout une pénurie de vent toute l’après-midi. Bouhouh…

Retour au calme et à la vitesse modérée…

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Jusqu’à la nuit. Le vent se lève. Je prends le premier quart, je suis impressionnée de sentir la puissance du vent dans le gennaker. Quand le vent avoisine les 20 nœuds, le bateau devient ardent, je sens les limites des forces en jeu. J’ai envie de soulager Toumim qui me parait si vivant à ce moment-là. Mais la règle est claire : on ne fait tomber le gennaker qu’avec un vent stabilisé au-dessus de 20 nœuds. Ce qui arrivera un peu plus tard, un petit réveil au milieu de la nuit pour aider à la manœuvre. Le bateau semble souffler, il reprend un rythme plus souple, et nous nous dirigeons vers les côtes en douceur.

 

Samedi 21 décembre
Reste à parcourir jusqu’à Jacaré : 75 miles.

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Dernier jour de navigation ! Je sens que cette journée va être plus longue que les autres…
Nous serons ce soir devant les côtes, mais je crois que Joël veut accoster de jour à Jacaré qui est quelque peu à l’intérieur des terres. Cela sera surement demain matin donc. C’est encore loin demain matin ?

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Je suis heureuse à l’idée d’arriver et je profite intensément de ces derniers instants sur l’eau. Surtout et avant tout du bruit de l’eau sur le bateau. Le clapotis à l’avant quand la mer danse avec la carène, le froufroutement à l’arrière quand les flux se rejoignent en un sillon, le claquement toujours aussi dur des vagues sous la nacelle… Oui, je crois que c’est qui me marque le plus, le duo musical de l’océan et du bateau.

Je guette toujours la vie aquatique. Verrons-nous des dauphins, une baleine, qui sait ?
C’est au moment où le soleil se couche que ca y est les voilà ! Ce sont eux ! Une dizaine de dauphins vient jouer avec notre étrave, je suis à la fête ! Quelle joie ! C’est une magnifique escorte qui nous accompagne vers l’arrivée, quel cadeau !

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Puis la nuit tombe. Et nous guettons. Non plus les dauphins, mais la ligne d’horizon. C’est tout d’abord une lumière rouge qui se détache, puis qui se transforme pour laisser place aux éclairages de la côte. This is it. Nous sommes arrivés !

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Pas facile d’arriver de nuit, dans une zone inconnue, avec les couleurs de balises inversées (et oui vert babord et rouge tribord ici), c’est un peu comme conduire à gauche sans lumière dans un pays que tu ne connais pas. Nous jettons l’ancre pour la nuit, nous accosterons de jour pour plus de sécurité. Ancre qui a la bonne idée de se détacher, faudra attendre encore un peu pour une nuit sans interruption !

 

Dimanche 22 décembre
J’ouvre les yeux, et voici la première image que j’ai du Brésil, c’est celle qui clôt ce carnet de bord, il est temps de descendre sur la terre ferme…  

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Lexique, le retour  

  • Ris : système qui permet de réduire la voilure de la Grand Voile quand le vent est trop fort. Prendre un ris ne signifie pas se faire un repas weight watcher avec un seul grain de riz. Même chose si on prend deux ou trois ris.
  • Bosse de ris : Avant un ris était composé de petits trous horizontaux dans la Grand Voile par lesquels passaient des petits bouts qu’il fallait accrocher à la bôme. Maintenant, c’est plus simple, on réduit uniquement  au mat et en bordure de la voile, via un cordage qui gère l’ensemble, la fameuse bosse de ris. Par exemple, on dit « touchez ma bosse Messire ».
  • ZCIT ou Zone de Convergence Inter-Tropicale ou Pot au noir : Zone comprise entre les alizés de l’hémisphère Nord (qui viennent du Nord Est) et les vents de l’hémisphère Sud (qui viennent du Sud Est). Cela se traduit par une absence de vent, des rafales imprévisibles, un plafond nuageux bas, de la pluie. Du gris quoi. ZCIT état très difficile à prononcer, on parlera de « pot au noir », faut pas chercher à comprendre, c’est la même chose.

 

  • LaurentD

    Un regal. Continue!

  • Paul

    Tres sympa comme blog. En revanche, pitié pas de photo devant de pauvres poissons que l’on a pechés. x, Paul Birouste, vegetarien. sainte-marine@hotmail.com