Kari, « essayer de s’intégrer en France »

Kari

Kari est une pétillante étudiante de 23 ans à qui rien ne semble impossible. Nous nous rencontrons par ami d’amis, et nous voilà attablées dans un bar bric-à-brac de Bergen avec deux de ses amies.
L’une d’elle « chique » du tabac. Enfin, il s’agit plus exactement d’un snus, un petit sachet de nicotine qu’elle se glisse entre sa gencive et sa lèvre supérieure. D’accord, j’attribuais la chique aux marins bourrus, j’ai beau comprendre que le snus est répandu en Norvège et en Suède, il n’empêche que cela contrarie mon imaginaire quand je vois la beauté 1920 de cette jeune Norvégienne…

Bref, revenons à Kari. Elle est marrante, a le contact facile (qui a dit que les Norvégiens étaient fermés ? Bon, ne nous emballons pas, ils ne sont pas latins quand même…). Donc, notre Kari est née au Nord de la Norvège, à Tromso, une de ces villes où le soleil ne se couche jamais en été (le fameux soleil de minuit !). Bien sûr, il ne vaut mieux ne pas être trop sensible à son absence en hiver.
Mais Kari n’est pas restée en Norvège, loin de là. C’est quelle a crapahuté. Elle a habité au Canada, s’en est allée faire un tour au Vietnam, a été, et est toujours,  volontaire engagée pour différentes ONG en même temps qu’elle continue ses études de géographie. Tout ça à 23 ans.

Je me rends compte que les Norvégiens voyagent plutôt facilement. Sauf dans leur propre pays. A chaque fois que je rencontre quelqu’un du Nord du pays, il ne connaît pas le Sud. Et réciproquement. Quand je demande pourquoi, j’ai le droit à invariablement la même réponse : quitte à prendre l’avion pour 2-3 heures, autant aller plus au Sud en Europe que visiter un autre endroit en Norvège où le climat est… euh… norvégien.
Nuançons tout de même le tableau, puisque  la plupart des Norvégiens ont une « cabine », une maison en bois, isolée en montagne, au bord d’un lac ou d’un fjord, bref, un endroit paisible accessible à quelques heures de voiture de leur maison principale. Mais cela demande un certain niveau de vie. Qui est très élevé en Norvège depuis l’exploitation du pétrole.

Ce qui n’est pas le cas Kari et ses copines qui n’ont pas encore de revenu assuré, elle font donc comme tous les jeunes norvégiens. Colocation. Voyage backpackers dans des pays moins chers. Loisirs gratuits tels que la « plage » (eau à 12 degrés, c’est un choix). Et quand il s’agit de faire la fête : « pre-party » chez les uns ous les autres  avec une quantité d’alcool ingurgitée en un temps record, avant de sortir sans avoir à dépenser des fortunes pour une tournée entre amis. Ce qui donne des scènes le soir d’une sobriété affolante dans les rues, très chic.

Mais ce soir, dans ce café avec ces trois amies norvégiennes, ce n’est pas le cas. Juste un mini verre partagé avant que nos chemins se séparent. Kari part à Oslo en train de nuit, elle ne verra donc rien des célèbres paysages de la ligne Bergen-Oslo qui font accourir les touristes. Et le plus loin où elle est allée ? Elle hésite entre le point le plus au Nord de la Norvège (« parce que cela doit être le plus loin pour beaucoup de monde sur Terre, non ? ») et la France. Pourquoi la France ? « Parce que cela a été le plus dur pour moi. J’étais étudiante à Nantes, et je n’ai jamais réussi à créer des liens avec des Français. J’ai compris plus tard qu’il faut au moins connaître une ou deux personnes pour qu’ensuite les portes s’ouvrent ». Difficile pour quelqu’un qui a pourtant le contact facile.
Je me dis que la réciproque est vraie. La preuve, je n’aurais jamais passée cette soirée sans l’amie (que je ne connais pas) d’un ami (que je connais à peine), s’ils se reconnaissent : merci à eux !