Jürg, « être seul au Pakistan »

Jürg

 

 

Jürg le Suisse Allemand.
Jürg que l’on prononce « Iülg » s’il vous plait.
Jürg un bien drôle d’asticot en voyage avec son sac à dos.

Nous nous rencontrons au Myanmar le temps d’un trajet en pick up entre un aéroport et le lac Inle. Ce jour-là il est sans moyen de transport, et je suis pour ma part avec une fine équipe prête à partir. Pour l’obliger à prendre un véhicule de son côté, une coalition de taxis locaux l’empêche de monter avec nous. Une petite pression de notre part, avec un efficace « s’il ne vient pas avec nous, nous descendons tous », met fin aux tergiversations, et le voilà embarqué !


Un mois plus tard je le retrouve à Vang Vien au Laos. Lui aussi descend vers le Sud jusqu’au Cambodge, en suivant le Mékong. Nous faisons alors route ensemble pour quelques jours.

Une virée à moto dans les Boloven, un stop aux 4 000 îles avant de rejoindre la frontière cambodgienne où nos chemins se séparent, lui partant pour Phnom Phenh et moi pour Siem Reap. Quelques jours et pas mal de kilomètres partagés, en bus, en tuk tuk et en bateau.

Un bien curieux bonhomme que ce voyageur-là. À peine 30 ans, une sociabilité à toute épreuve, une indépendance farouchement défendue, une grande gentillesse, et surtout un esprit caustique mêlé à une bonne dose de provocation. Il n’est pas fan de Borat pour rien, lui qui aime tant à répéter « Grrrrreat success », les fans de mankini comprendront.

Il est sur les routes depuis janvier dernier. Il a décidé de voyager entre la fin de ses études, pour partie à l’étranger (il parle pas moins de cinq langues), et son entrée officielle dans la « vie active », comme on dit. Pourtant sa vie actuelle est loin d’être inactive. C’est qu’il bouge le zigoto ! Cinq mois à travers l’Europe de l’Est, l’Asie, et la Russie. Cinq mois pour vivre une aventure unique, pour découvrir des endroits où personne ne pourra lui dire « ah mais, j’y suis allé, je me souviens très bien… », et également se faire un peu peur parfois vu les défis qu’il se fixe.

Quand je lui demande le plus loin où il est allé, il me répond sans hésiter « le Pakistan ! » Ce fut la première étape de son voyage, un moment marquant. Son entourage lui a déconseillé de partir, mais il s’est bien renseigné (où aller, que faire / ne pas faire, comment s’habiller, etc.) et il part. « You also need a little bit of luck. »

Ce qui le marque le plus ?
Ne pas croiser un seul étranger pendant trois semaines, même à l’aéroport d’Islamabad. Tous ces Pakistanais qui viennent à sa rencontre en lui disant « Regarde, il n’y a pas de talibans ici, prends des photos. » Un policier armé d’une kalachnikov qui le suit et/ou le protège deux jours durant. Deux Pakistanais rencontrés dans un parc qui l’invitent chez eux le temps d’un dîner, et d’une nuit mémorable serrés à trois dans un même lit.
Il raconte, encore et encore. On sent toute l’émotion de sa découverte dans l’énergie de ses paroles et dans son regard qui part loin. « Ce fut un voyage très, très intense. » Même si ensuite la découverte des autres pays est belle, il lui trouve parfois un petit goût de fade.

Mais quelque chose me dit qu’il n’est pas au bout de ses surprises quand on sait qu’il a décidé d’aller de la Corée du Sud en Suisse, via la Sibérie et Berlin, le tout sans prendre une seule fois l’avion !

 

Notre discussion revient au Pakistan, aux idées préconçues, aux messages véhiculés dans nos journaux. Il me parle du côté manichéen de sa perception des choses. Vu de l’intérieur, vu de l’extérieur. « Cela m’a rappelé qu’il ne faut pas se contenter d’un seul point de vue, mais aller voir vraiment à l’intérieur.  »