Iver, « présenter mon premier film aux Etats-Unis »

 

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Je rencontre Iver dans une cuisine commune d’un hostel, il est presque minuit dans l’archipel des Lofoten, à 150 km au Nord du cercle arctique. Nous sommes dans un regroupement de rorbus, des cabanes de pêcheurs laissées vides l’été et louées aux voyageurs. Autour de nous, fjords, montagnes, et des mouettes en guise de bande sonIver vient tout juste d’arriver. J’attends la nuit (elle met du temps à venir !!!), au cas où, par hasard il y aurait une aurore boréale ce soir-là. La probabilité est de 5/9, ça se tente. Mais il ne fera jamais nuit noire, faut pas trop en demander au mois d’août. Pas d’aurore donc, mais une bien sympathique rencontre.

Iver est né à Stokmarknes. Dans les îles Vesterålen. Encore plus au Nord. Là où il y a encore moins de soleil pendant plusieurs mois. De novembre à février, la période la plus noire, on y voit quand même un peu de lumière du jour. « On s’y habitue. Mais comme nous avons plein de soleil en été, ça compense ». S’il le dit…

D’ailleurs Iver habite toujours à Stokmarknes. Et il est bien content. Il m’explique avec un grand sourire qu’il a de la chance, il peut y faire ses études de Média-TV-Cinéma. La plupart des autres étudiants y viennent alors qu’ils habitent à plusieurs centaines de kms dans les îles voisines. C’est peut être naïf, mais je ne me lasse pas de m’étonner de l’étendue des habitations sporadiques en Norvège. La notion de regroupements, villages ou villes n’est pas à l’ordre du jour, même dans des climats ardus.

Avec trois filles de son école ils viennent de décrocher un boulot d’été pour la télévision nationale, plus exactement pour l’émission régionale du Nordland.
Leur projet ? Faire en sorte que les jeunes s’intéressent un peu plus à la politique. Il faut dire qu’avec un taux de vote de 50% chez les moins de 30 ans, il y a du boulot ici aussi. Ils partent ainsi sur les routes du Nord à la rencontre de personnalités politiques, en leur lançant des défis, qui vont de « faire faire du kayak dans de l’eau gelée à un responsable de l’environnement, à la demande d’explication d’un concept bien tordu, sinon c’est le gage ». Quand il m’explique les gages en question, j’émets un léger doute sur l’aspect « interesting and entertaining » de la chose, mais bon, je ne suis pas dans le cœur de cible…

Iver n’est pas dupe, il sait aussi que son sujet a un second objectif, moins officiel : celui de rajeunir l’image de la télévision nationale. Il n’empêche. Il prend son projet politique très à cœur. La petite équipe va aussi essayer de comprendre voire dénoncer, ou en tous cas, mettre au cœur du débat certains sujets locaux controversés. Par exemple, le fait que les Norvégiens limitrophes de la Suède fassent naturellement toutes leurs courses en Suède, où la vie est beaucoup moins chère. Pas bon pour le PIB ça. Mais logique. Le sujet est pourtant sensible. Il faut dire que dans un pays qui s’est historiquement fait envahir plusieurs fois, qui a choisi de rester en dehors de l’Europe, qui aurait 10% d’immigration (il doit suremetn s’agire de l’immigraiton suédoise, car je n’ai vu que des chevelures blondes, pas un seul visage un peu basané), et dont le gouvernement est très à droite-droite (coalition droite – extrême droite), le sujet des frontières prend une certaine importante.

A propos de frontières, comme tous les Norvégiens, Iver voyage beaucoup. A l’étranger bien sûr, question de soleil à nouveau. C’est fou comme la lumière influe sur les habitudes, que cela soit sur le quotidien ou sur les loisirs.
Il me parle d’un voyage Interrail en famille à travers l’Europe. Et il me parle aussi de son « plus loin à lui » : deux voyages qu’il a pu faire grâce à ses projets. Il s’est ainsi rendu à Seattle pour présenter un de ses premiers films lors d’un festival. Pas sure d’avoir compris le sujet de sa fiction, il me parle de « eating diosders ». J’ai compris qu’il s’était démené pour trouver des sponsors et ainsi aller aux USA. Par deux fois. Puisque quelques mois auparavant il était à New-York, également pour un de ses films.
Ses premières impressions américaines ? « Un accès facile aux gens, ils sont tellement chaleureux ! ». C’est sûr qu’entre un Norvégien et un Américain, le premier contact n’est pas vraiment le même !
Il me demande si je suis déjà allée New-York, je lui raconte que ce fut mon premier voyage loin, alors que je ne savais à peine parler anglais, en 1997. Sa réaction est sans appel « En 1997 ? Mais, c’est l’année où je nuis né !!! ». No comment.

 

Son projet : http://www.nrk.no/nordland/ivers-angels-1.12000578