David et Gaëlle, « rencontrer l’amour dans un pays qui n’existe pas »

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Les Hindouroux

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David, Gaële, Nala et Simon. Quatre roux en Inde, version quatre roues tout terrain. Il faut dire qu’ils voyagent beaucoup et dans des endroits un peu fous, David et Gaëlle crapahutant depuis plus de 15 ans sur le terrain pour des ONG.

David est mon plus vieil ami. Non pas qu’il soit si âgé que cela, bien qu’il ait toujours eu 3 ans de plus que moi. Nous nous connaissons depuis 31 ans maintenant, il a fait le calcul pour moi ! Pour moi, David restera toujours ce grand doux rêveur roux qui m’a fait découvrir l’équitation, Renaud, et  Jo & Zette. Depuis, il est toujours grand, doux, et rêveur. Même quand il est mari attentionné, père de famille, ou Country Director pour une ONG en Inde. Après ses études de droit international et droit humanitaire, il a toujours travaillé en ONG. Dès son service civil à la FIDH. Puis à Avocats sans frontière, Action Contre la Faim, et maintenant Handicap International. Essentiellement en Afrique et en Asie. Même de loin, nous ne nous sommes jamais perdus de vue. Une amitié de 31 ans, ça se conserve précieusement.

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Gaëlle est tout aussi rousse, avec une sacrée pêche, un sens pratique ultra développé (le cadeau qu’elle s’est offert avec son premier salaire ? Une caisse à outils. J’adore.). Dire que cette belle Grenobloise a la bougeotte, c’est un euphémisme. Elle n’a eu de cesse de voyager, et quand elle ne le pouvait pas, on la retrouvait en haut d’une montagne. Pour se donner les moyens de vivre pleinement son amour des voyages et des autres, elle devient infirmière en médecine tropicale, puis réussit le master en santé publique
Depuis 2000, elle a quasiment toujours vécu à l’étranger. Presque toujours pour des missions Médecins sans Frontières. Surtout l’Afrique. Burundi, Angola, Tchad, Cameroun… Elle se retrouve à encadrer des équipes de 75 personnes, qui montent parfois jusqu’à 300 comme lors des urgences choléra camerounaises. Aujourd’hui, elle fait Shiva le manager à quatre bras pour Action Contre la Faim en Inde.

Ce qui les fait vibrer en ONG ?
Tous les deux me parlent de leur métier qui a du sens, de l’impact direct de leurs actions, de l’important d’aller sur le terrain. Quelles que soient leurs missions, quels que soient leurs rôles, même au plus haut niveau de responsabilité, ils sont toujours au plus près des gens. David observe la professionnalisation grandissante du secteur, de plus en plus  organisé. Et cela lui plait de contribuer à son développement.
Pour ma part, je suis impressionnée par les responsabilités qui leur incombent, souvent avec des moyens limités face à toutes les actions qu’ils voudraient mettre en place. David est directeur pays pour HI dans un pays qui a la taille de l’Europe. Gaëlle se bat pour lancer rapidement des programmes sur le terrain sans les experts promis par le Siège, qui n’arriveront pas.
Un projet qui ne se passe pas comme prévu ? Ce ne sont pas les indicateurs économiques qui posent problème, les enjeux sont autrement plus lourds. Je leur demande comment ils réagissent face à la mort, aux blessures physiques, au danger. Si David garde une froide distance et Gaëlle est vraiment sensible, tous deux sont révoltés par des situations de vulnérabilité. « L’exclusion est difficilement supportable. Accepter le « Tu es né la, tu n’as pas le choix » est quasi impossible ». Quel que soit le pays où ils aient été.

Et à propos de pays, il en est un bien curieux : l’Abkhazie. Dans le Caucase.
Pour toute la communauté internationale, l’Abkhazie n’existe pas en tant que pays, elle fait partie de la Géorgie. Sauf aux yeux de la  Russie et du Nicaragua, ça on se demande bien pourquoi, qui la reconnaissent officiellement. Ce « pays » est sous embargo par la Géorgie et par le reste du monde depuis 1993. En 2004, on compte 12 expatriés seulement, plus des militaires casques bleus pour le maintien de la paix. 12 membres d’ONG. Parmi eux, David et Gaëlle. C’est là qu’ils vont se rencontrer, dans ce pays qui n’existe pas comme dit Gaëlle. Moi je dis que sur 12 personnes, ce n’était pas difficile de rater l’autre roux du quartier. Il n’empêche. Ils se rencontrent et ne se quitteront plus. La petite Nala, un joli prénom caucasien, naîtra quelques années plus tard, elle a 6 ans maintenant. Son frère Simon est né il y a 10 mois, ici, à Delhi. Une sacrée smala d’Hindouroux.

Pour la première fois, ils vont habiter en France. Le départ est donné pour cet été. Après 15 ans à l’étranger, le mot « racines » revient souvent. Connaître et reconnaître ses racines, donner des racines aux enfants, être près de sa famille et de ses racines… Ils évoquent aussi l’envie d’un chez soi, d’un quotidien avec les amis et les parents.
Ils parlent aussi beaucoup de leur énorme appréhension de ce qu’ils vont trouver en France. La morosité de l’état d’esprit. Le résultat des élections européennes. Le côté propre et bien organisé. Ah bon, pourquoi ? « Je crois que le bordel va nous manquer. Ici, c’est le pays des possibles. En France, c’est normé et c’est certes bien pratique, mais il faut tout prévoir. La spontanéité risque d’être moins facile. »
Ils parlent aussi de la crainte du décalage entre la vision de la France et du Monde qu’ils peuvent avoir en étant à l’étranger et celle en métropole. Comment seront-ils dans un milieu franco-français ? Trouveront-ils l’ouverture qui leur tient tant à cœur ? Comment partager avec les amis sédentaires l’immensité du monde ?
Ils sont pleins d’appréhension, mais ils sont surtout sereins et sûrs de leurs choix. Ils savent que les voyages et l’expatriation sont d’une immense richesse, et que vivre en famille parmi les siens en est une autre. Ils sont heureux de cette nouvelle page qui s’ouvre. See you les roux !

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