Cédric, « chaque étape m’emmène un peu plus loin »

Cédric

 

Cédric n’est pas que l’ami catalan rencontré sur les terrains de rugby. Le temps de ce périple jordanien, il est l’homme d’un autre terrain. Celui des ONG. En Afrique et au Moyen-Orient.
Et c’est en régional de l’étape qu’il me fait découvrir « sa » Jordanie, ses amis irakiens et ses ex-collègues passionnés et passionnants.

Au moment où j’écris ces lignes, le mot « terrain » résonne joliment pour parler de Cédric. Car son histoire parle de « terroirs », ceux de Catalogne et d’Aveyron d’où est originaire sa famille. Car la question de la « terre » et des racines prend tout un sens pour lui qui dit ne pas se sentir attaché, ou plutôt retenu, quelque part. Car cela évoque la simplicité et la générosité des rapports humains si bien portées et apportées par ces gens… de terrain justement.

Le terrain ? Il a commencé à le fouler en France, en tant qu’éducateur de rue. « Les banlieues ne sont pas toutes les mêmes, à chacune sa spécifité. » Il ne dit pas « à chacune ses problèmes », mais à chacune sa « spécifité ». Cela dit beaucoup sur le regard qu’il porte sur les quartiers dont il s’est occupé pendant 10 ans.

Puis la rue prend d’autres saveurs quand il s’occupe des programmes pour les enfants des rues de Bagdad. Il voulait depuis longtemps partir à l’étranger. « Le plus dur, c’est de partir », oh oui, je ne peux qu’abonder dans ce sens. Il met du temps à trouver ce premier poste, qui l’emmènera plus loin et plus longtemps qu’il ne le pensait. Nous sommes en 2004, et au bout de 10 mois en Irak, il est évacué avec son équipe à Amman pour éviter les kidnappings. Sa mission évolue, il travaille à la coordination des ONG sur place. Cela sera une aventure forte de plus de 4 ans, entre Jordanie et Irak, avec des rencontres qui ne s’oublient pas. « La première mission tient certes toujours une place particulière. Pour moi, c’est presque la moitié de ma vie humanitaire là-bas. Mais c’est surtout l’expérience d’une immense générosité et d’un accueil fantastique. »
Et je veux bien le croire quand je vois la joie de son ami irakien Khalil qu’il retrouve après toutes ses années. Lui aussi a dû quitter l’Irak sous les menaces, il continue d’y travailler depuis la Jordanie. Ensemble, nous parlons de la guerre et de la vie qui continue malgré tout. Tous les deux parlent aussi de leurs souvenirs, et c’est amusant de les écouter raconter leurs aventures qui passent a posteriori pour un film américain à coup de courses poursuites dans les embouteillages de Bagdad, de fêtes joyeuses (dans les limites du couvre-feu tout de même) quand le besoin d’exutoire est plus fort que la peur.
D’ailleurs, Cédric me dit que le plus grand danger est de l’oublier. C’est curieux à entendre, mais je comprends. Dans un pays en guerre, il y a certes des explosions, mais pas que. Il y a aussi le calme. Et la vie. Le danger fait partie de cette vie-là, à tel point qu’il peut se faire oublier.
Quand je lui demande quels ont été ses plus grands moments d’appréhension, il me parle des départs. « À chaque fois que l’avion décolle vers l’Irak, toutes les questions et les peurs reviennent. Mais une fois sur le terrain, tu oublies tout ça. Puis l’adrénaline prend le dessus, tu en deviens même accroc. »

Mais avant tout, ce qui le fait vibrer, c’est d’appréhender des situations complexes, d’en être au cœur. Il se délecte de toutes les informations qu’il peut saisir pour comprendre les enjeux et les positions de chacun. Bon, pour la restitution synthétique pour béotien, on repassera.

Mais les situations épineuses, il en a vu d’autres depuis l’Irak.
Au Tchad, dans des camps de réfugiés soudanais, en Haïti après le tremblement de terre, en Somalie, en Afghanistan, au Myanmar. Ou au Congo où il est actuellement Coordinateur Urgence.

Mais il ne faut pas croire qu’être sur le terrain signifie être au grand air avec des rencontres de chaque instant. Cédric me parle des longs moments où il est seul. Ou pire, enfermé sur zone avec d’autres homologues. Comme en Afghanistan, quand ils étaient une équipe de 15 personnes à vivre 24h/24 ensemble entre un hôpital et leur hébergement. Nerveusement usant.
Aux situations complexes qu’il affectionne, s’ajoutent les difficultés intra organisations humanitaires. Je le perçois quand il me parle de la complexité des relations due aux différences culturelles au sein d’une ONG japonaise, ou la perception des Nations Unies par les ONG.

Cédric a travaillé sur quatre continents -il ne manque que l’Océanie-, il continue d’avancer, de saisir les opportunités, chaque étape l’emmenant un peu plus loin. C’est pour cela qu’il n’a pas vraiment « un plus loin », lui qui est en route.